INTERVENTION
DU SENATEUR FRANÇAIS RICHARD YUNG
A
L’OCCASION DE LA REUNION CONSTITUTIVE
DE
L’ASSOCIATION POUR LE DROIT AU VOTE ET LES DROITS CIVIQUES AU CHILI
Vendredi
8 septembre 2006
Auditorium
de la Maison de l’Amérique Latine (Paris)
Madame l’ambassadrice
du Chili,
Madame la
directrice des communautés chiliennes à l’étranger,
Monsieur le
président de l’association pour le droit de vote et les droits civiques au
Chili,
Monsieur le
consul général,
Mesdames et
Messieurs,
Avant toutes
choses, permettez-moi de remercier les membres de l’association pour le droit
au vote et les droits civiques au Chili. C’est avec grand plaisir que j’ai
accepté l’invitation de monsieur GARRIDO. Le Chili est un grand pays ami de la
France. Nous nous sommes réjouis de la restauration de la démocratie et de
l’élection de Michèle BACHELET. Et il m’a semblé tout à fait normal d’apporter
mon point de vue à celles et ceux qui vont vivre une société civile dont le
Chili a besoin pour faire briller la flamme de la démocratie. Dans un monde
globalisé où la démocratie est maintenant le régime politique prédominant, il
est important que nous échangions nos expériences et nos expertises respectives
afin d’améliorer sans cesse la participation des citoyens à la chose publique.
A vrai dire,
lorsque messieurs GARRIDO et RAMOS m’ont contacté, j’ai été surpris d’apprendre
que les Chiliens établis à l’étranger – plus de un million de citoyens – ne
peuvent pas participer pleinement à l’élection de leur Président de la
République. Augusto PINOCHET ayant refusé d’octroyer ce droit aux citoyens de
l’étranger, dont une grande partie avait fui la dictature, les Chiliens ne sont
donc pas égaux devant le suffrage. C’est d’ailleurs sans doute pour des raisons
similaires, liées à l’histoire tourmentée de leur pays, que les Uruguayens de
l’étranger se trouvent également dans cette situation[1].
Ma surprise a été
d’autant plus grande lorsque j’ai appris que les Colombiens de l’étranger, qui
représentent plus de 4 millions de personnes, peuvent non seulement voter lors
de l’élection présidentielle mais peuvent également élire un certain nombre de
parlementaires à la Chambre des représentants dans le cadre d’une
circonscription internationale[2].
Pour ce faire, il leur suffit d’être inscrits dans les postes diplomatiques et
consulaires colombiens. Certes, la Colombie est une plus ancienne démocratie en
Amérique latine. Toutefois, je n’imaginais absolument pas que l’octroi du droit
de vote aux citoyens établis à l’étranger pouvait susciter un tel débat, surtout
depuis le retour de la démocratie, en 1989. De mon point de vue, il s’agit d’un
déni de démocratie qui n’est pas inhérent aux jeunes démocraties. En effet, je
vous démontrerai dans la suite de mon exposé que la démocratie française n’est
pas non plus exempte de défauts.
En effet, les près
de 2,2 millions de Français qui vivent à l’étranger ne peuvent pas toujours
prendre pleinement part à la vie politique française. En théorie, ils ont les mêmes
droits que leurs compatriotes de la métropole et de l’outre-mer : ils
peuvent participer à l’élection présidentielle et aux référendums, ils sont
représentés au sein d’une assemblée spécifique (idem en Espagne, en Italie et
au Portugal) et au Parlement (idem au Portugal et en Italie). Cependant, la
spécificité de leur situation n’étant pas toujours bien prise en considération,
cette égalité est, pour certains citoyens, plus formelle que réelle. Dans les
faits, leurs représentants ne disposent pas tous des mêmes pouvoirs que ceux
qui sont chargés de faire entendre la voix des citoyens établis sur le
territoire français. Ce faisant, les Français de l’étranger sont souvent
ignorés par les pouvoirs publics. C’est la raison pour laquelle il est temps en
France de réformer en profondeur le système de représentation des Français de
l’étranger.
I
Depuis 1981, les Français de l’étranger peuvent participer à l’élection du
Président de la République dans leur pays de résidence
Depuis la réforme
constitutionnelle de 1962, le président de la République française est élu au
suffrage universel direct. Toutefois, jusqu’à l’élection présidentielle de
1974, les Français de l’étranger ne pouvaient pas voter dans leur pays de
résidence. Ce n’est qu’en 1981 qu’ils ont pu participer pour la première fois à
l’élection présidentielle depuis l’étranger.
C’est une loi organique de 1976 qui a fixé le régime juridique applicable à
l’élection présidentielle pour les ressortissants français qui votent à
l’étranger[3].
Cette loi est née de la volonté de nombreux citoyens et de leurs représentants[4]
de prendre pleinement part aux grandes consultations électorales qui fixent le
destin de la République française.
L’ancien système
était un véritable « casse-tête ». Les Français de l’étranger
devaient être inscrits sur la liste électorale d’une commune française s’ils
voulaient participer à l’élection présidentielle. La plupart étaient donc
contraints de voter par procuration. Or, cette procédure est complexe puisqu’il
faut non seulement être inscrit sur la liste électorale d’une commune française
mais aussi trouver un mandataire inscrit sur la même liste. D’autre part, les
électeurs résidant loin d’un poste consulaire pouvaient difficilement établir
la procuration. Aujourd’hui, les conditions de vote sont beaucoup plus simples
puisqu’il suffit d’être inscrit sur une liste
électorale consulaire pour pouvoir exercer son droit de vote à l'étranger pour
l'élection du Président de la République. Signalons enfin que cette loi
s’applique également aux référendums.
Concrètement,
les ambassades pourvues d'une circonscription consulaire et les postes
consulaires tiennent une liste
électorale[5] sur laquelle il est
éventuellement fait mention du choix des électeurs d’exercer leur droit de vote
en France pour l’élection du Président de la République.
S’ils veulent
participer aux autres scrutins
(élections européennes, élections législatives, élections régionales, élections
cantonales et élections municipales), les Français de l’étranger doivent
obligatoirement être inscrits sur la liste électorale d’une commune française.
Jusqu’en 1999, les Français de l’étranger pouvaient participer aux élections
européennes depuis l’étranger. Avec la régionalisation du scrutin (la France
est divisée en 8 grandes régions), en 2004, ils ne le peuvent malheureusement
plus. Je milite donc pour la création d’une circonscription unique (l’union
européenne dans son ensemble), qui permettrait de nouveau aux Français de
l’étranger de participer à ce scrutin essentiel.
En dehors de
l’Union européenne, la propagande
politique à l’étranger est interdite sauf dans deux cas définis par la
loi :
- l’envoi et la
remise aux électeurs des circulaires et bulletins de vote des candidats
effectués par les ambassades et les postes consulaires ;
- l’affichage
offert aux candidats à l’intérieur des locaux des ambassades et des postes
consulaires et des bureaux de vote ouverts dans d’autres locaux.
Les électeurs
inscrits sur une liste électorale consulaire peuvent exercer, sur leur demande,
leur droit de vote par procuration.
Quant au vote par correspondance postale ou électronique, il est, pour
l’instant, interdit dans le cas de l’élection présidentielle ou des
référendums. Il a seulement été légalisé pour l’élection des membres de
l’Assemblée des Français de l’étranger[6].
II
Les Français établis hors de France sont représentés par les conseillers à
l’Assemblée des Français de l’étranger …
A – L’Assemblée des Français de l’étranger :
une institution sans véritable pouvoir
Dans les années 1920, des organismes
incarnaient déjà la présence française dans le monde. Toutefois, afin
de mieux faire entendre la voix des citoyens français résidant à l’étranger,
leurs membres réclamaient la création d’un conseil supérieur des Français de
l’étranger, qui a été créé en 1948[7]
(premières élections en 1950).
La grande réforme du CSFE est intervenue
en 1982 lorsqu’une loi a instauré l’élection
au suffrage universel direct des délégués au CSFE et l’élection des sénateurs par les seuls membres élus du CSFE[8].
En 2000, une commission temporaire destinée à
réformer le CSFE avait été mise en place afin de contrecarrer
l’abstentionnisme important constaté lors des élections de 1997 (24% de
participation) et de 2000 (19% de participation).
Depuis 2004, l’Assemblée des Français de l’étranger
est la nouvelle appellation de l’assemblée représentative des Français établis
hors de France[9].
Son but est de leur permettre, malgré l’éloignement, de participer à la vie
nationale et de faire entendre leurs voix. Le travail des conseillers élus à
l’AFE revêt deux aspects : localement, ils représentent les citoyens
français auprès du consul général et/ou du consul ; ils siègent dans les
commissions consulaires (chargés des bourses scolaires, de l’emploi et de la
formation professionnelle, de la sécurité, des affaires sociales ; ils
participe aux grandes réunions consulaires et aux visites officielles. L’AFE se
réunit en assemblée plénière deux fois par an (pendant une semaine). Les
conseillers siègent dans des commissions (enseignement et culture, économie et
finances, affaires européennes, anciens combattants, etc.).
L’AFE, qui est présidée par le ministre des Affaires
étrangères, est malheureusement dotée de pouvoirs très limités. Son seul pouvoir est celui d’élire les
sénateurs représentant les Français établis hors de France (voir infra) !
Dans les matières ressortissant directement à sa compétence, l’AFE est
seulement consultée par le gouvernement sur les projets de textes législatifs
et réglementaires. Enfin, elle peut adopter de simples avis, vœux ou motions
sur tout sujet concernant les Français établis hors de France et le
développement de la présence française à l’étranger. L’AFE ne dispose pas
vraiment d’une administration propre. Elle n’a pas non plus de budget à
proprement parler (hors crédits de fonctionnement). C’est la très puissante
direction des Français de l’étranger et des étrangers en France (DFAE), au
ministère des affaires étrangères, qui disposent des véritables pouvoirs !
Ce faisant, Monique
CERISIER-BEN GUIGA, l’autre sénateur socialiste représentant les Français de
l’étranger, et moi-même sommes favorables à une réforme des compétences de l’AFE, qui devrait se voir dotée de véritables pouvoirs de conseil et – surtout –
de décision.
B – La
composition de l’Assemblée des Français de l’étranger
Actuellement, l’AFE
est composée de 183 membres :
150 conseillers sont élus au suffrage universel direct, 21 conseillers sont
désignés par le ministre des affaires étrangères pour leur connaissance des
problèmes liés à l’expatriation et les 12 sénateurs représentant les Français
établis hors de France. Elle est renouvelable par moitié tous les 3 ans.
L’anomalie de l’AFE réside dans le fait que ses membres ne sont pas tous élus.
Aucune autre assemblée démocratique française ne conjugue ces deux systèmes. La
grande hypocrisie, c’est que l’on refuse aussi de représenter les partis
politiques à l’AFE. Les listes de candidats sont en effet patronnées par deux
grandes associations, l’Union des Français de l’étranger (UFE, droite) et
l’Association démocratique des Français de l’étranger (ADFE, gauche). Pourtant,
chacun sait que ces deux associations sont liées aux deux grands partis
politiques français !
Grâce à une récente
réforme, le nombre de membres élus de l’AFE va passer graduellement de 150 à
155. De même, le nombre de membres désignés passe progressivement de 21 à 12,
cette année puis en 2009. Ainsi, à
partir de 2009, l’AFE comptera un total de 179 membres (180 avec le
ministre des Affaires étrangères).
Les conseillers
issus du suffrage universel direct sont élus
pour 6 ans par les Français de l’étranger inscrits sur les listes
électorales consulaires. Le scrutin
est majoritaire à un tour
(circonscriptions où le nombre de sièges à pourvoir est de un ou deux) ou proportionnel à la plus forte
moyenne (circonscriptions où le nombre de sièges à pourvoir est de trois ou
plus).
Le vote des
ressortissants français établis à l’étranger se caractérise par une participation très faible (14,25%
en juin 2006), qui n’est pas la conséquence d’un quelconque incivisme ou d’une
soi-disant démobilisation démocratique. Bien au contraire, elle résulte de
l’organisation des scrutins à l’étranger, qui ne permet pas toujours, en dépit
des efforts de notre réseau consulaire, le vote de nos concitoyens dans les
meilleures conditions. Le principal obstacle à l’expression du suffrage des
Français vivant à l’étranger, c’est la distance, souvent très importante, qui
les sépare du bureau de vote dont ils dépendent. Et, au fil des ans, la rupture
entre l’électeur et son bureau de vote s’accentuera dans la mesure où le réseau
consulaire français tend malheureusement à se réduire. Pour contrecarrer cette
« fracture électorale », le vote par correspondance sous pli fermé,
qui demeure un procédé exceptionnel, a été mis en place. D’autre part, une loi
d’initiative sénatoriale a autorisé les Français de l’étranger à voter par voie
électronique. Ce dispositif a d’abord été utilisé à titre expérimental dans
certaines circonscriptions (Amérique du nord) lors du renouvellement partiel du
CSFE, en 2003[10].
Puis, en juin dernier, les Français résidant dans la zone Europe, Asie Levant,
Océanie ont eu la possibilité, pour la première fois, de voter par Internet
lors de l’élection de leurs représentants à l’AFE. Malheureusement, le nombre
de votants (un peu plus de 10.000) a été inférieur aux attentes (plus de 28.000
électeurs avaient manifesté leur volonté de pouvoir voter par voie électronique
en se pré-inscrivant). Le vote électronique a représenté près de 14% du total
des votants.
III
… et douze sénateurs
A – L’élection des sénateurs des
Français de l’étranger
Les Français de
l’étranger sont également représentés au Parlement. L’article 24 de la Constitution de 1958 dispose en effet que « les
Français établis hors de France sont représentés au Sénat ».
Sous la
IV°République (1946-1958), trois
conseillers de la République désignés (ancienne dénomination des sénateurs)
étaient déjà chargés de représenter les Français résidant en Europe, en Amérique
et en Asie-Océanie. Quant à l’Afrique, elle était directement représentée par
les élus des colonies et des protectorats français.
Depuis 1983, les
sénateurs des Français de l’étranger sont élus
par les membres de l’AFE à la représentation proportionnelle suivant la
règle de la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel. D’autre
part, la règle de la parité (loi du
6 juin 2000) étant applicable de plein droit à l’élection des sénateurs des
Français de l’étranger, les listes doivent obligatoirement faire alterner un
candidat de chaque sexe !
A l’instar des
sénateurs représentant les collectivités territoriales, les sénateurs
représentant les Français établis hors de France sont élus pour 6 ans (le passage de la durée du mandat de 9 à 6 ans est
actuellement en cours), ils sont éligibles
à partir de l’âge de 30 ans. A présent, 6 sénateurs des Français de l’étranger sont élus à chaque
renouvellement triennal. Etant données les mesures transitoires, cette
réforme prendra pleinement effet à compter du renouvellement de 2011[11].
Contrairement à une
idée assez répandue, le droit n’exige
pas que les sénateurs représentant les Français établis hors de France soient
eux-mêmes des expatriés. Toutefois, la plupart de ces sénateurs ont de
solides attaches personnelles ou familiales dans telle ou telle région du
monde. En outre, ils ont une bonne connaissance des problèmes liés à
l’expatriation.
En 2004, le Sénat a
créé, au sein de son service des relations internationales, une division
chargée de la présence française dans le monde. Elle est représentée ce soir
par madame Anne ESAMBERT, administratrice du Sénat.
B – Le rôle des sénateurs des
Français de l’étranger
Les sénateurs des
Français de l’étranger ne représentent pas les citoyens de tel ou tel pays même
si, dans les faits, chaque sénateur a une ou plusieurs zone(s) privilégiée(s).
Particulièrement intéressés par les
relations internationales, ces élus de la République française participent
activement aux groupes sénatoriaux d’amitié, souvent comme membres du bureau.
Actuellement :
- Commission des
Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées : 6 sénateurs.
- Commission des
affaires sociales : 2 sénateurs
- Commission des lois :
2 sénateurs.
- Commission des
affaires sociales : 1 sénateur.
- Commission des
affaires économiques et du Plan : 1 sénateur.
Traits d’union
entre le Sénat et les expatriés, les sénateurs des Français de l’étranger sont
également des promoteurs actifs de la
présence française dans le monde et du rayonnement international de la langue
et de la culture française.
Malgré cette
structure institutionnelle, les Français de l’étranger, qui représentent
l’équivalent de la ville de Paris, ont encore beaucoup de mal à faire entendre
leur voix.
IV
La démocratie française est elle aussi inachevée
Comme je vous
l’avais signalé au début de cet exposé, la
démocratie française n’est pas parfaite. La prochaine étape consiste donc à
parachever la représentation politique des Français établis à l’étranger. Trois chantiers institutionnels devront
notamment être mis en œuvre.
A – L’élargissement du collège électoral des
sénateurs représentant les Français établis hors de France
La représentation parlementaire
des Français de l’étranger assied sa légitimité sur une base électorale beaucoup trop étroite. Le passage graduel de
150 à 155 élus ne résoudra absolument pas la question de la représentativité de
ces sénateurs. Par comparaison, le même collège pour Paris compte plus de 2.000
membres pour une population légèrement supérieure à 2 millions
d’habitants !
Afin de représenter
équitablement une communauté à la fois nombreuse et dispersée dans le monde
entier, Monique CERISIER-BEN GUIGA et moi-même militons activement pour
l’élargissement du corps électoral sénatorial. Nous proposons que ce collège
soit composé des membres de l’AFE et de grands
électeurs supplémentaires élus par cette même instance représentative.
Grâce à ce nouveau dispositif, le collège
électoral sénatorial compterait un total de 1.373 membres. Le mode de
scrutin retenu pour la désignation des délégués supplémentaires et des
suppléants serait la représentation
proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne. Il reviendrait à
chaque membre élu ou à chaque groupe de membres élus de l’AFE de présenter une
liste de candidats. Enfin, ces grands électeurs pourraient à leur tour élire
les sénateurs par correspondance ou par courrier électronique afin d’éviter
qu’ils se rendent à Paris pour voter.
B – L’élection de
députés représentant les Français établis hors de France
Compte tenu des
difficultés pratiques relatives à la mise en œuvre du vote par procuration et
l’interdiction du vote par correspondance aux élections législatives, bon
nombre de nos compatriotes résidant à l’étranger ne peuvent pas exercer leur
droit de vote lorsqu’ils sont inscrits sur la liste électorale d’une commune
française pour l’élection des députés.
Bien que faisant
partie intégrante de la nation, les Français établis hors de France ne
disposent donc pas de représentants parlementaires élus directement par eux.
Or, l’Assemblée nationale est un lieu de pouvoir essentiel de notre République
et les élections législatives constituent une échéance politique majeure. Il
est donc inadmissible que nos concitoyens de l’étranger ne puissent pas y être
représentés.
Pour mettre fin à
ce déni de démocratie, Monique CERISIER-BEN GUIGA et moi-même proposons que 12 députés soient élus par les Français établis hors de France à la représentation
proportionnelle à la plus forte moyenne. Ces députés seraient élus dans le
cadre de 4 circonscriptions continentales correspondant à celles utilisées pour
l’élection des conseillers de l’AFE. Le nombre de sièges serait fonction du poids
démographique (nombre de Français immatriculés) et des spécificités
géographiques de chaque circonscription.
C – La création
d’une collectivité des Français de l’étranger
Enfin, l’Assemblée
des Français de l’étranger devrait servir de base à la constitution d’une
collectivité des Français de l’étranger, dont le fonctionnement serait calqué
sur celui des conseils généraux (assemblées élues au niveau des départements).
Lors de la 4ième session de l’AFE, en mars dernier, nous avons
adopté un texte allant dans ce sens[12].
Cette proposition de projet de loi dresse les
contours d’une collectivité dotée de véritables pouvoirs de décision. Elle
comporte des avancées importantes : élection des comités consulaires[13],
rédaction d’un rapport remis au Parlement, parité pour les élections. Sur le
plan financier, la nouvelle collectivité serait dotée de ressources propres. La
création de cette collectivité répondrait au souci du respect de la citoyenneté
et de l’égalité des Français de l’étranger. Elle permettrait de développer le
sentiment d’appartenance nationale et renforcerait les liens de solidarité
entre les citoyens français à l’étranger. Elle favoriserait également une
politique de proximité ainsi qu’une déconcentration nécessaire des décisions.
Le texte adopté au
niveau de l’AFE a été présenté au gouvernement, qui est désormais maître de
l’ordre du jour. Pour entrer en vigueur, le projet visant la création de cette
collectivité devra être débattu devant le Parlement. Comme vous pouvez le
constater, en France aussi, le chemin qui mène à la démocratie parfaite est
encore semé d’embûches.
Fin.
[1] Isabel SOTO est la présidente de l’association pour les droits civiques en Uruguay.
[2] L’article 176 de la constitution colombienne prévoit la
représentation des Colombiens de l’étranger à la Chambre des représentants. Ils
peuvent élire jusqu’à 5 parlementaires.
[3] Loi organique n° 76-97 du 31 janvier 1976 sur le vote des Français établis hors de France pour l’élection du Président de la République (modifiée par la loi du 20 juillet 2005).
[4] Proposition de loi n° 297 (1974-1975) relative au vote des
Français et des Françaises établis hors de France lors des référendums et des
scrutins relatifs à l’élection du Président de la République présentée par M.
Louis GROS.
[5] La liste électorale
consulaire est préparée par une commission
administrative au niveau local puis arrêtée par une commission électorale
siégeant au ministère des Affaires étrangères.
[6] Loi n° 2004-805 du 9 août 2004 relative au Conseil supérieur
des Français de l’étranger ; Décret n° 2006-285 du 13 mars 2006 relatif au
vote par correspondance électronique des électeurs inscrits sur les listes
électorales consulaires des circonscriptions électorales d’Europe et d’Asie et
Levant pour les élections de 2006 à l’Assemblée des Français de l’étranger.
[7] Décret du 7 juillet 1948.
[8] Loi n° 82-471 du 7 juin 1982 relative au Conseil supérieur des Français de l’étranger.
[9] Loi n° 2004-805 du 9 août 2004 relative au Conseil supérieur
des Français de l’étranger.
[10] Décret
n° 2003-396 du 29 avril 2003 relatif au vote par correspondance électronique
des électeurs inscrits dans les circonscriptions des Etats-Unis d’Amérique pour
les élections du 1ier juin 2003 au Conseil supérieur des Français de
l’étranger.
[11] Le calendrier électoral a été réformé par la loi organique n° 2005-15 du 15 décembre 2005 modifiant les dates des renouvellements du Sénat.
[12] Projet
de création d’une collectivité publique des Français établis hors de France
dénommée « Collectivité d’Outre-frontière ».
[13] Les comités consulaires ont été créés par l’arrêté du 29 mars 2006. Ils sont chargés d’orienter les interventions des postes diplomatiques et consulaires dans les domaines de la protection sociale, médicale et sanitaire, de l’emploi et de la formation professionnelle des Français de l’étranger.