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    Présentation du marché du pétrole

    L’évolution récente du prix du pétrole confirme le caractère exemplaire de ce produit dès lors qu’il s’agit de comprendre comment se forme les prix d’un produit.
    Pour en être convaincu il suffit de reprendre les explications généralement avancées actuellement pour l’évolution du prix du pétrole et de les mettre en relation avec les enseignements de la théorie économique appliquée aux déterminants du prix d’un produit en général.

    Mais avant d’en venir à l’analyse théorique il n’est pas inutile de faire un petit tour vers le documentaire Le fabuleux voyage d’un baril de pétrole, documentaire allemand de Mouhcine El Ghomri, datant de 2006, diffusé sur Arte. Il suit l’or noir ... Tout » depuis son origine au Koweit jusque dans une station service en Allemagne, en s’interrogeant sur les problèmes de fond que soulèvent chacune des étapes.

    IMG/flv/voyage_baril-2.flv
    Le marché du pétrole : perspective historique.

    Le premier forage, effectué en Pennsylvanie en 1859, marque le début de l’industrie pétrolière. Très vite la Standard Oil, fondée par J.D. Rockefeller, contrôle la quasi totalité du transport et du raffinage. Laissant, dans un premier temps, l’extraction à une multitude depetits producteurs “indépendants”, il instaure un monopsone
    En dépit de la concurrence (pétrole de Bakou), la Standard Oil dominera le marché pendant près de quarante ans.
    À la suite de son démantèlement en 1911 en vertu de la loi antitrust américaine [1], sept compagnies, appelées les “sept sœurs” [Esso, Mobil, Chevron (qui sont issues de la Standard Oil), Texaco, Gulf, Anglo-Persian Oil (BP) et Royal Dutch Shell], se partageront le marché du pétrole.
    Ces majors contractent un accord [2] : elles continueront de réguler l’offre et de fixer les prix, en gelant leurs parts de marché respectives. Elles tendent, de fait, à faire disparaître le marché du pétrole brut par l’intégration verticale, qu’elles développent “du puits à la pompe”. L’oligopsone se double d’un oligopole et la concentration verticale complète la concentration horizontale.
    Le dynamisme de la demande mondiale en produits pétroliers qui accompagne le développement industriel pousse les majors - dont les rentes de monopole assurent les capacités financières - à développer la prospection sur d’autres continents. Devant les réactions de certains États, qui cherchent à obtenir un partage plus équitable de la rente, les majors utiliseront différents moyens de pression : boycott des pétroles mexicains et vénézuéliens...
    Le prix du pétrole est maintenu artificiellement bas, ceci permet
    - de stimuler la consommation dans le monde
    - d’éviter le développement de sources d’énergies alternatives.
    Un prix peu élevé freine, en revanche, le développement des prospections, en réduisant leurs perspectives de rentabilité.
    La demande tend alors à s’accroître plus vite que l’offre.

    Avec la création en 1960 de l’Organisation des Pays Producteurs de Pétrole (OPEP) [3], les États producteurs prennent progressivement le contrôle de leur sous-sol et de leurs ressources pétrolières (reprise en main des concessions, accords de participation, nationalisations à partir des années 1970).
    Cette nouvelle donne permet un partage contractuel de la rente plus favorable aux États (les immenses concessions de long terme accordées par les États producteurs aux compagnies pétrolières, permettent de renégocier les montants des taxes et royalties [4]).
    Deux oligopoles se font face mais ils s’entendent pour limiter la concurrence. Le commerce du pétrole est alors relativement simple et le niveau du prix du pétrole est fixé pour des périodes assez longues.

    Au début des années 1970, les taux d’utilisation des capacités de production atteignent des sommets. Deux évènements purement politiques vont montrer la sensibilité des prix à la moindre variation exogène de l’offre.

    • En octobre 1973 éclate la guerre du Kippour [5]. L’embargo décrété par les pays arabes sur les pays soutenant Israël, notamment les États-Unis, ainsi que la limitation de l’offre proposée par ces mêmes pays aux autres gros consommateurs, crée une pénurie. En réaction, le prix du brut est multiplié par quatre, passant de 3 à 12 dollars le baril [6], en raison de la rigidité de la demande [7] à court terme.
      Ce niveau de prix est cependant davantage compatible avec le faible accroissement des réserves mondiales et, freinant la consommation, permet de rétablir les conditions d’équilibre du marché à long terme.
    • Avec la révolution iranienne et la guerre entre l’Iran et l’Irak qui s’ensuit, l’offre mondiale se contracte à nouveau de l’ordre de 5 mb/j. On assiste alors à un quasi triplement des prix entre le début 1979 et la fin 1981.

    Mais, à 25 $ le baril, malgré leur coût d’exploitation élevé, les champs pétrolifères de Mer du Nord et d’Alaska deviennent rentables et la production peut se développer.
    Dans le même temps la demande s’infléchit : les pays consommateurs s’efforcent de limiter les gaspillages et diversifient leurs sources d’énergie.

    Jusqu’en 1985, l’OPEP maintient les prix en limitant son offre. Elle perd ainsi d’importantes parts de marché. Réapparaissent alors les divergences stratégiques au sein de l’alliance des pays de l’OPEP.

    • Les pays à forte population, endettés et dont les capacités de production sont proches de la saturation, veulent limiter la production pour élever les prix.
    • Les pays disposant de réserves importantes, cherchent à maximiser leur rente sur le long terme (stratégie de gains de parts de marché, par une baisse des cours).

    Les tensions nées du non respect des quotas par certains pays membres vont inciter l’Arabie Saoudite à abandonner son rôle de producteur d’appoint. Elle augmente son offre ce qui provoque l’effondrement des prix. En 1986, le prix du baril revient aux environs de 10 $.
    Cette baisse des prix compensée par l’accroissement des volumes exportés est supportable financièrement par l’Arabie Saoudite et les émirats du Golfe, mais est déstabilisante pour les autres pays. En août 1986, l’Arabie Saoudite accepte de revenir au système des quotas, instauré en 1982.

    En contrôlant sa production, l’OPEP tend à stabiliser les cours du pétrole à des niveaux acceptables par les deux parties qui la composent. Pendant dix ans, elle y parvient globalement, malgré des tensions persistantes et un respect chaotique des quotas. Même la crise de l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 n’affectera pas durablement le niveau des prix. Après une brève flambée des cours pendant trois mois, l’Arabie Saoudite compensera le manque d’offre en récupérant la part de marché de l’Irak, alors soumis à l’embargo des Nations Unies.

    Mais le contrôle du marché est rendu délicat par la réduction de la place occupée par les producteurs membres de l’OPEP dans la production totale. À la fin des années 90, ils ne contrôlent plus que 40 % de la production totale. La production des pays qui ne sont pas membres de l’OPEP, les NOPEP, a en effet sensiblement augmenté puisque l’écart entre les coûts d’exploitation et le prix du pétrole s’est réduit sous le double effet du progrès technique et du niveau durablement élevé du prix du pétrole (entre 20 et 25 $ le baril).

    Prix du pétrole en longue période : 1861-2006

    rapport annuel de British Petroleum, juillet 2007

    Depuis 1998, le prix du pétrole est devenu très instable avec des variations particulièrement fortes.

    Prix du pétrole en moyenne période : depuis le premier choc pétrolier jusqu’en 2004

    Prix du pétrole janvier 2006 août 2007 - cours du jour du Light Sweet Crude Oil à New-York

    [1] Sherman act voté en 1890.

    [2] Un accord entre des vendeurs pour contrôler un marché est un cartel.

    [3] Les pays membres de l’OPEP étaient au nombre de 13 : Algérie, Arabie Saoudite, Émirats arabes, Equateur, Gabon, Indonésie, Irak, Iran, Koweit, Lybie, Nigeria, Quatar, Venezuela. Depuis le Gabon (1992) et l’Equateur (1996) ont quitté l’OPEP.

    [4] Les royalties sont des redevances versées aux États par les compagnies qui disposent de concessions pétrolières c’est-à-dire du droit d’exploiter les gisements

    [5] Dix jours après le Nouvel An juif (Rosh Ha-Shana) Yom Kippour ou Grand Pardon ou jour des expiations est consacré au jeûne, à la prière et à la pénitence. Les israéliens étaient donc normalement en situation défavorable pour répondre à l’attaque lancée par les États arabes qui voulaient chasser Israël des territoires occupés depuis la guerre des six jours (Israël mène une guerre-éclair du 5 au 11 juin 1967 : les israëliens occupent le Sinaï égyptien, la Cisjordanie, une partie du plateau syrien du Golan et annexe la partie Est de Jérusalem. Malgré la résolution 242 de l’O.N.U. du 22 novembre 1967 qui demande la libération des territoires occupées Israël garde ces territoires occupées. Le 6 octobre 1973 l’Égypte et la Syrie attaquent par surprise Israël. Les États-Unis soutiennent Israël, l’URSS soutient les États arabes. La tension monte fortement entre les deux superpuissances, l’U.R.S.S. menace d’intervenir militairement. La victoire revient finalement aux Israéliens. Le quadruplement du prix du pétrole est une sanction imposée aux États qui ont soutenu Israël.

    [6] Un baril de pétrole contient environ 159 litres et il y a un peu plus de 6 barils dans une tonne de pétrole

    [7] Une demande de produits est dite rigide quand une variation du prix du produit n’entraîne pas une variation importante de la demande de ce produit.

    Article publié le lundi 6 août 2007 à 06:45 | Lu 1076 fois
    Dernier ajout vendredi 25 avril 2008
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