Publié le 24/05/2009
10:21 | LaDepeche.fr

Si des règles de base et de bon sens sont expliquées et
comprises, aucune raison pour que les accidents surviennent. Tout est question
de respect mutuel.
« Il ne viendrait à l'idée de personne d'acheter une machine à
laver sans un mode d'emploi. Par contre, quand on achète un chien, personne ou
presque ne pense à demander un mode d'emploi. » Une remarque, frappée au coin
du bon sens, faite par le docteur Béatrice Laffitte, vétérinaire, lors d'une
conférence sur le thème de « L'animal et l'enfant » donnée à la mairie par
quatre praticiens spécialisés dans le comportement. La rubrique des faits
divers est souvent émaillée d'accidents parfois dramatiques, dont sont victimes
les enfants de la part de chiens. Faut-il en conclure que tous les chiens sont
féroces et qu'un jour ou l'autre, ils attaqueront férocement nos chérubins ? Si
le risque 0 n'existe pas, la réponse n'a rien d'alarmant, à condition de connaître
et de respecter certaines règles de base et surtout de bon sens. « Le plus
souvent, c'est un chien familier qui est à l'origine de l'accident. Nous
n'avons que très peu de descriptions sur les morsures. Et pour cause : elles
ont presque toujours lieu quand l'enfant est seul », analyse le docteur
Laffite. Première règle donc : ne jamais laisser un enfant seul avec un animal.
Deuxième règle : connaître un minimum les comportements canins.
Savoir, c'est pouvoir, dit le proverbe. Connaître le comportement du chien, ses
règles, sa façon de penser et d'agir, c'est déjà éviter la plupart des
accidents. « Il y a des enfants-chiens, comme il y a des chiens-enfants »,
explique le docteur Laurent Orduna.
Troisième règle essentielle sur laquelle les vétérinaires insistent
: respecter la hiérarchie. L'humain et le chien sont des êtres sociaux, dotés
de sensibilité et de réflexion, pour lesquels la hiérarchie est rassurante,
sinon reposante. Chacun à sa place est la devise : « Chacun a droit à sa place
: il ne faut pas empiéter sur le domaine de l'autre. Il faut avant tout du
respect mutuel ». Autre règle de base : on s'est rendu compte que les
châtiments corporels ne servaient à rien, bien au contraire : c'est valable
pour les enfants, ça l'est aussi pour les chiens. La récompense marche toujours
beaucoup mieux que le coup de trique. À partir de tout cela, les vétérinaires
ont décortiqué ces règles de base, qui permettent de vivre en harmonie avec son
animal. Hélène Dubarry.
Connaître le comportement du chien est primordial. Plusieurs
repères sont à disposition. Tout d'abord, le livre remarquable (et très rigolo)
« Le Guide pratique du comportement du chien », aux éditions Lattès. Quelques
sites Internet : le suisse bvet.admin.ch ou encore le site belge thebluedog.org
ou bien encore le site français zoospy.com
On peut aussi se rendre dans un club canin, pour travailler le
comportement, ça ne peut faire que du bien.
Non, évidemment. Outre les risques sanitaires, il y a les
risques d'accidents (voir plus haut). Si la plupart sont évitables, certains
peuvent survenir tout de même : « Ne jamais laisser un enfant seul avec un
chien, même si c'est pour retirer une casserole du feu. La casserole peut
toujours attendre », explique le docteur Laffitte. « Seul, le chien adulte
dominera l'enfant et le risque est alors très grand. » La plupart des accidents
arrivent en effet hors présence d'adulte humain. « La peur peut conduire à
l'accident, c'est pourquoi il faut toujours prévenir l'animal et il faut
apprendre cela à l'enfant. Ne jamais surprendre un chien. » Jouer à cache-cache
est tentant pour un enfant, pas pour un chien. « La douleur aussi peut causer
des accidents : apprendre à l'enfant à ne pas faire mal à un animal est
essentiel. » ça tombe sous le sens, mais peu de gens y pensent et laissent
faire les enfants, pensant que le chien peut tout supporter de la part du petit
joyau de la famille qui a vite fait de se transformer en petite peste dès le
regard des parents tourné ailleurs. « L'excitation peut être aussi la cause des
accidents : on peut jouer, bien sûr, mais il ne faut pas dépasser les limites.
Quand l'excitation du jeu est à son comble, on perd ses repères. Aux adultes de
mettre le holà. Les chiens adultes savent le faire avec leurs jeunes, les
humains doivent pouvoir en faire autant. »
Enfin, dernier grand risque et non des moindres : la prédation.
« Il s'agit d'un cas extrême qui se rencontre chez des chiens non sociabilisés
aux enfants. L'enfant devient une proie. Une proie qu'il faut tuer. C'est très
rare, mais ça arrive, c'est pourquoi l'éducation est tellement importante. »
« Dans un chiot, il y a de l'enfant, et il y a du chien dans un
enfant », explique le docteur Orduna. « Tous deux passent par les mêmes phases
de développement, mais l'un grandit beaucoup plus vite que l'autre. Il faut
donc très tôt commencer l'apprentissage pour le chiot. » Et de marteler qu'il
ne faut jamais adopter un chiot avant 2 mois : « Un chiot a besoin de sa mère
qui va lui apprendre des règles de base, comme ne pas dépasser les limites. Les
chiens adultes savent très bien le faire ».
Très tôt, il faut apprendre au chiot la hiérarchie. Cela
commence par l'arrivée du bébé dans la famille : lui apprendre à reconnaître le
nouveau jeune (le bébé) comme un élément de haut rang dans la hiérarchie, la
famille ayant remplacé la meute pour le chien. Faire reconnaître le bébé comme
un petit d'homme par le chien. Très tôt aussi, il faut apprendre à l'enfant à
donner des ordres au chien. En particulier l'appeler, pour le faire venir, le
récompenser. Ne jamais gronder un enfant en présence du chien : ce dernier se
mettra toujours du côté de l'autorité. Le parent, tout à sa colère, ne le
remarque pas. Grave erreur, car aussitôt le chien se croit investi d'une
autorité éducative. A la prochaine bêtise de l'enfant, il s'en occupera
lui-même et « corrigera » l'enfant. A sa manière de chien. Par une morsure. La
peau d'un enfant n'est pas celle d'un chiot. Même si la morsure dans ce cas
n'est pas agressive, elle peut faire beaucoup de dégâts, la tête et les doigts
d'un enfant étant à portée immédiate de gueule. Apprendre à l'enfant à respecter
le chien, à ne pas envahir son territoire : on ne touche pas à sa gamelle ou à
son couchage, ce qui provoquera une réaction de défense et donc un « accident
».