 Le Figaro, no.
19437
Forum/Figaro2007
Réchauffement climatique, que fait la France
?
CLAUDE ALLÈGRE
« Le Figaro » poursuit ses grands débats de la présidentielle.
Chaque semaine, jusqu'au premier tour, une question est posée. Des experts
s'expriment le lundi et le mardi. Les contributions des lecteurs
internautes sont publiées le samedi.
Nous sommes entrés dans la frénésie de l'écologiquement correct.
Plus les écologistes baissent dans les consultations électorales, victimes
de l'image de politique politicienne qu'ils affichent à toute occasion,
plus les citoyens se veulent écologistes. Et, comme il s'agit d'un
mouvement qui enfourche les peurs millénaristes, on ne réfléchit même pas,
on avale tout ! Ainsi de nombreux candidats à l'élection présidentielle
ont-ils signé le programme de M. Hulot, sans même en analyser le contenu.
«
L'écologie ? Sauver la planète ?
On est pour ! »
Or, lorsqu'on lit le programme et qu'on réfléchit un peu, on est
obligé de conclure que ce programme est dangereux. Il est fondé sur l'idée
de la décroissance économique, il dénature le mot développement durable en
prônant l'antidéveloppement, il tourne le dos au progrès scientifique et
social. Il s'appuie sur la peur, sur l'idée de culpabilité de l'homme et
en contrepartie sur la punition.
Je ferai l'analyse détaillée de ce programme ailleurs, dans un
livre qui va paraître ; je vais seulement ici en souligner quelques traits
majeurs. Le pacte de M. Hulot est fondé sur trois piliers : la lutte
contre le réchauffement climatique, le refus des OGM et le refus du
nucléaire comme source d'énergie électrique.
Pour ce qui est du réchauffement climatique, sujet à la mode, et
dont les scénarios catastrophistes, comme le film d'Al Gore ou quelques
articles de journaux, masquent l'ampleur et les incertitudes réelles, il
faut cesser de paniquer. Le changement climatique est une réalité. Sa
cause est peut-être humaine ou naturelle, mais ce n'est pas ici le sujet
du débat, puisque, suivant les « experts » eux-mêmes, les mesures prises
aujourd'hui n'auront d'effet que dans cinquante ans ou plus et qu'il
s'agit en un siècle « que » d'un réchauffement possible de 2 à 3°
degrés et d'une élévation du niveau de la mer de 30 à 40 centimètres ! Or,
face à cela, on propose dans l'urgence de réduire de 3/4 les émissions de
gaz à effet de serre. L'application d'une telle mesure conduirait
mécaniquement à créer en France 200 000 chômeurs par an. Au moment où l'on
sort péniblement du chômage, on y replongerait.
Il faudrait alors mettre en place une politique de rationnement
comme certains l'évoquent. Chaque Français aurait droit à un voyage en
avion et 2 000 km en voiture à 40 km à l'heure par an ! La suppression de
tous les chauffages au gaz et au mazout, etc. Lorsque, quelques années
plus tard, il faudrait sortir du nucléaire, la restriction énergétique
s'amplifierait. Les TGV fonctionneraient au vent !
Pendant ce temps que feraient la Chine et l'Inde ? Il faudrait les
convaincre de modérer leur développement, dit-on ! On croit rêver. Si les
États-Unis n'ont pas signé le protocole de Kyoto, ce n'est pas parce que
George Bush est un cynique, c'est parce que ce protocole est une
pénalisation pour l'économie américaine estimée à 370 milliards de dollars
et un million de chômeurs, comme l'a montré la réunion qui s'est tenue à
l'université de Stanford en 1999 et ce, pour gagner au plus 0,5 degré de
moins par siècle. C'est pourquoi Bill Clinton ne l'a pas signé : à cette
époque, c'était lui le président et Al Gore le vice-président !
Quant aux OGM, je renvoie à l'excellent livre de Sophie Lepault.
Tout y est expliqué. Comme le dit très bien le philosophe Dominique
Lecourt, c'est le symbole d'un sentiment qui se répand : « Le
catastrophisme technophobe et son sous-produit, le journalisme
d'épouvante . » Non
seulement aucun accident ou incident n'a été observé sur les OGM, mais ils
constituent un espoir immense non seulement pour l'agriculture mais aussi
pour la médecine, pour nos pays comme pour les pays sous-développés.
Songez que l'on va pouvoir dans quelques années se passer de
pesticides, d'insecticides, d'une partie des engrais, on va pouvoir
utiliser moins d'eau et fabriquer des aliments pour combattre les
épidémies (et la faim) dans les pays du tiers-monde. Le monde entier l'a
bien compris et développe ses cultures transgéniques. Pendant ce temps, la
France les détruit ou les interdit, mais... en importe, comme le soja
transgénique venant d'Argentine. Je précise que l'agroalimentaire est le
second poste d'exportation pour la France. Veut-on le détruire ?
Et, soit dit en passant, en ce qui concerne l'écologie, M. Hulot ne
parle dans ses priorités ni de l'eau, ni des déchets urbains, ni de
l'océan qui sont les plus grandes urgences actuelles. 50 000 personnes
meurent chaque semaine par manque d'eau potable ! 7 milliards d'hommes
vivront dans les villes en 2030, produisant chacun 1,5 kg de déchets par
jour ! La philosophie de M. Hulot est la même que celle qu'exprimait en
1970 le Club de Rome avec ce slogan : « Halte à la croissance ». On sait ce que sont devenues les
prédictions.
Mais plus encore cette stratégie est un danger pour la démocratie.
Une société du rationnement et de la régression économique serait refusée
par les citoyens, il faudrait donc l'imposer et on sait où ont mené les
sociétés qui voulaient faire le bien des gens malgré eux ! Toute cette
stratégie est l'inverse de ce qu'il faut faire. Bien sûr qu'il y a des
problèmes écologiques à résoudre. Il faut les prendre à bras-le-corps et
en faire au contraire les éléments d'une nouvelle croissance. Car c'est en
faisant entrer l'écologie dans l'économie qu'on sauvera la planète et les
hommes qui y vivent.
Limiter les émissions de CO2 ? Développons les techniques de
séquestration (qui sont presque au point) du CO2, imposons la voiture
hybride ou électrique dans les villes, accélérons l'utilisation des piles
à hydrogène. Le nucléaire n'est pas assez sûr en ce qui concerne les
déchets ? Développons les réacteurs de 4e génération. Développons les OGM
qui permettront aux plantes de résister à l'eau et d'éviter les engrais.
Apprenons à stocker l'eau l'hiver pour l'utiliser l'été, à gérer les
rivières en minimisant les dégâts des inondations. Reconquérons la
biodiversité dans nos rivières et nos forêts. Au lieu de brûler ou
d'enterrer les déchets urbains, développons vigoureusement l'industrie du
recyclage. Encourageons une architecture économique en énergie en
combinant solaire, pompe à chaleur et domotique, etc.
Les énergies renouvelables doivent bien sûr se développer mais dans
des conditions économiques, sociétales et environnementales acceptables.
Dans le passé, nous avons déjà résolu bien des problèmes écologiques. Nous
avons su remplacer le plomb de l'essence par un substitut non toxique,
nous avons banni les CFC pour protéger la couche d'ozone en les remplaçant
par un autre produit, nous avons diminué les pluies acides de 70 % ! Dans
chaque cas, nous avons créé des emplois et stimulé l'économie. Ce sont là
les exemples à suivre !
Vive l'écologie moteur de la croissance ! À bas l'écologie du
déclin !
La République est fondée sur la confiance dans le progrès
scientifique, moteur du progrès économique et de la justice sociale.
Personne ne peut se réclamer de la gauche s'il n'a pas cette philosophie !
* Professeur émérite à l'université Denis-Diderot et à l'Insitut de
physique du globe (IPG) de Paris, ancien ministre.
« La stratégie de Nicolas Hulot est un danger pour la démocratie.
Le rationnement serait refusé par les citoyens. Vive l'écologie pour la
croissance, à bas l'écologie du déclin ! »
© 2007 Le Figaro. Tous droits réservés.
Numéro de document :
news·20070129·LF·20070129×2FIG000000141
|